Les histoires au coin du feu (octobre 2020)

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cheminée autour de laquelle est racontée l'histoire secrète de Montastruc

Retrouvez notre évènement hivernal “Histoires au coin du feu” jusqu’en janvier ! Suivez le #histoireaucoindufeu et découvrez nos histoires en exclusivité sur notre compte Instagram. Nous vous présentons ci-dessous nos histoires du mois d’octobre. Belle lecture !

Château de Janville

Des manuscrits oubliés signés “Gyp”

Un soir d’automne en rangeant de vieux livres dans la bibliothèque de Janville, je découvris un manuscrit signé du pseudonyme « Gyp ».

L’encre était grasse et belle, attirante même. Je m’intéressais alors à l’auteur de ce roman manuscrit et découvris que ma demeure familiale était habitée à partir de 1870 par Gabrielle Martel de Riquetti de Mirabeau, comtesse de Martel de Janville (1849-1932), auteur de romans publiés sous la pseudonyme de Gyp. Cette femme de lettres française, née au château de Koéstal Morbihan, arrière-petite-fille de Mirabeau, vint vivre au Chateau de Janville suite à son mariage à Nancy, le 2 décembre 1869 avec le comte Roger de Martel de Janville.

La vie et la réputation de Gyp viennent en grande partie occulter le nom de Martel auquel est associé le château.

Par son œuvre Gyp a marqué de son empreinte notre maison familiale.

Clara Martin-Guinard


Château de La Brède

Stendhal et sa divagation au coin du feu

« Ce n’est pas précisément de l’amour que j’ai pour Montesquieu, c’est de la vénération ». C’est ainsi que Stendhal introduit son paragraphe sur Bordeaux et ses environs dans ses Mémoires d’un touriste (1838) comme si sa venue dans la région n’était due qu’au philosophe.

Il visite en effet le Château de La Brède en avril 1837 mais n’est pas indulgent avec ce qu’il voit malgré le respect qu’il voue à Montesquieu : tout est « affreux », « triste et sévère », la servante qui lui fait la visite est « disgracieuse » et « revêche ».

Pourtant Stendhal s’attarde dans la chambre du Président, comme on aime à l’appeler. Tout en s’émerveillant il y découvre une pièce sobre et semblable à celle que Montesquieu a connue et attarde son regard scrutateur sur la cheminée dont un des montants est usé. Il en déduit que ce rebord « est usé par la pantoufle de Montesquieu qui avait coutume d’écrire là sur son genou ».

Mais d’où sort-il cette information anecdotique ? Pas de Dom Devienne qui publie en 1771 l’Histoire de Bordeaux, comme nous le laisse penser Stendhal ! Ne s’agirait-il pas simplement d’une divagation de sa part, n’a-t-il pas laissé son esprit d’écrivain envisager une vision romantique de Montesquieu, un écrivain sur ses terres veillant sur son bien ? Nous ne le saurons jamais.

Charlotte Veyssier


Château de la Roque

Un trésor au château

Le château de la Roque reste dans la famille Hue de la Roque durant 4 générations. Peu après la mort de la dernière fille Hue de la Roque, dernière héritière du domaine, une légende fait son apparition.

Des rumeurs dans le village d’Hébécrevon et même dans toute la région dirent que la famille Hue de la Roque avait caché une charrette remplie d’or quelque part dans un souterrain sur le domaine du Château.

Cette rumeur très prise au sérieux par les habitants de la région, arriva jusqu’aux oreilles d’une mystérieuse femme nommée Marie-Louise Mulon qui décida d’acheter le Château de la Roque dans les années 1900 pour seul but de trouver le fameux trésor dont tout le monde parle.

C’est pendant quatre années que Louise-Marie Mulon entrepris des recherches dans le domaine. Destruction de bâtiments, trous dans les jardins, murs cassés, Marie-Louise Mulon malmenât le château sans scrupules. Après 4 ans sans résultat, Louise-Marie Mulon se débarrasse du château et repart bredouille.

Maurice Moulin et Suzanne Levionnois, son épouse firent l’acquisition de la propriété quelques années plus tard. Ils sont les restaurateurs du château. La rumeur continua de circuler durant des années, jusqu’à aujourd’hui, où l’or est resté bien caché…

Julien Turpin


Château de Fontaine Henry

« Et vous prie d’agréer, Monsieur le Préfet, l’expression de mes pieds de cochon. »

L’anecdote que je vais vous raconter, se déroule au temps de mon grand-père Pierre d’Oilliamson et ma grand-mère Hermine. Il faut savoir que mon grand-père était le maire de Fontaine-Henry et conseiller général du Calvados. Donc pour ses affaires, il s’était aménagé un bureau dans la bibliothèque du château.

Etant donné qu’il devait écrire une lettre pour le Préfet du Calvados, il alla dans son bureau lorsque ma grand-mère survint pour lui parler du menu d’un repas à venir. Elle lui demanda s’il était d’accord pour que l’on serve des pieds de cochon. A ce jour je ne sais toujours pas quelle a été la réponse de mon grand-père concernant le menu.

Une fois la discussion terminée, il prit le temps de relire sa lettre adressée je vous le rappelle à Monsieur le Préfet. Et qu’elle fut sa surprise en la relisant… La lettre se terminait par ces mots : « Et vous prie d’agréer, Monsieur le Préfet, l’expression de mes pieds de cochon. »

Vous imaginez bien la scène de ménage et on ne sait pas lequel des deux avait un caractère de cochon mais en tout cas c’est une anecdote qui me fait toujours autant sourire.

Elise Breard


Château de Montastruc

Un havre de paix impérial dans la tourmente de la Seconde Guerre Mondiale

Dans la nuit du 9 mai 1940, l’armée allemande viole la neutralité du Luxembourg. La famille grand-ducale, exfiltrée par la France, quitte in extremis le château de Berg où elle se trouvait.

Après des pérégrinations européennes, elle arrive au château de Montastruc en Périgord, sous la protection de la France qui y détache une section de tirailleurs sénégalais pour sa garde. La vie locale s’organise alors au rythme des visites que SAR la grande-duchesse Charlotte de Luxembourg, son époux le prince Félix de Bourbon-Parme et leurs enfants effectuent dans le voisinage de Montastruc.

Le 16 juin 1940, ils y sont rejoints par la dernière impératrice d’Autriche et reine de Hongrie et de Bohème, Zita. En chemin d’exil, celle-ci passe par Montastruc avec ses 8 enfants dont son aîné Otto de Habsbourg, archiduc d’Autriche et chef de la maison de Habsbourg-Lorraine.

On imagine les scènes de famille touchantes dans le grand salon de Montastruc, le reste de la demeure et son grand parc baigné de la lumière de juin… Tous attendent là le visa du Portugal qui leur permettra de traverser l’Espagne et de rejoindre Lisbonne. Les Luxembourg et les Habsbourg vont obtenir cet indispensable visa grâce au consul du Portugal en poste à Bordeaux.

Ils sont désormais sauvés et peuvent quitter en convoi le château de Montastruc où ils ont passé des semaines sereines et heureuses, selon le témoignage du grand-duc Jean lui-même, alors jeune-homme, qui gardait un souvenir très ému de ce séjour forcé à Montastruc.

Philippe de Fitte


Château de Balleroy

Des orties, un médecin et une Révolution

Le domaine de Balleroy et son château sont nés au XVIIe siècle grâce à l’amour de Jean II de Choisy pour la chasse et la cynégétique. Mais, comme tous les grands domaines, il a dû passer par les affres de la Révolution en 1789. Pourtant ce château n’a été ni pillé, ni saccagé, ni détruit. En voilà l’histoire…

Le château appartient alors au deuxième comte dont les fils sont arrêtés et décapités. Leur sœur, comtesse d’Hervilly, réussit in extremis à échapper à la guillotine grâce au médecin du village qui la fait passer pour folle. La ruse aurait été de la rouler dans les orties pour que son comportement passe pour hystérique.

Vivante, elle peut donc réclamer sa part du domaine en 1795 (après les évènements de la Terreur). C’est ainsi que le château a survécu à la Révolution Française, sans une égratignure. Il est ensuite passé entre plusieurs mains.

Aujourd’hui, dans les cheminées intactes, le feu fait revivre les figures de Jean II de Choisy et de ses successeurs. A la nuit tombée, lorsque la façade toute d’élégance et de symétrie du château se dessine dans un halo de lune, on les imagine volontiers se réchauffer auprès de l’âtre crépitant après avoir traqué le cerf ou le sanglier toute une journée à travers les forêts alentour.

Et dans les cuisines qui n’ont guère changé depuis quatre siècles, les poêlons en cuivre sont toujours là pour refléter ces figures du passé que les flammes réveillent sans se soucier du temps qui file.

Jean-Charles Stasi


Château de Cesny

La fenêtre aux esprits

Il est une légende bizarre au château de Cesny-aux-Vignes. Quand on est dans le jardin et qu’on regarde le château, on aperçoit parfois des ombres inconnues, celles-ci apparaissant derrière UNE seule fenêtre, toujours la même…

Autrefois, toutes les fenêtres du château possédaient des volets extérieurs, ils ont été enlevés dans les années 70, sauf UN :  celui de la « fenêtre aux esprits » …

Drôle d’histoire à laquelle nous ne croyions qu’à moitié, jusqu’au jour où …nous-même avons vu, par une soirée de pleine lune, une silhouette vaporeuse et évanescente à la fenêtre, toujours la même …

Fait tout aussi troublant :  nous avons retrouvé dans une brocante, une carte postale ancienne du château. Nous ne l’avions pas remarqué tout de suite…mais on devine une silhouette légère et plutôt masculine, placée exactement à cette fenêtre !  La seule qui possède aujourd’hui encore son volet extérieur.

Fantôme ? Âme ? Esprit ? Une chose est sûre, sans nous expliquer vraiment cette légende, nous sentons la présence bienfaisante des anciens qui ont vécu ici, elle est palpable et ne nous fait pas peur , tout ceci est bien rassurant!

Marie-Laure Heuzey

6 commentaires sur “Les histoires au coin du feu (octobre 2020)

  1. La vie de château et la vie tout court sont si riches en histoires. Une belle idée que de les raconter d’une manière condensée à un public intéressé. En attendant la suite …! BdC

    1. Merci de ce compliment qui ne fait que raviver notre envie de partager ces histoires de vie, vie d’Homme et de château.

    1. Merci infiniment de ces encouragements ! Vous pourrez retrouver d’autres histoires au coin du feu à la fin du mois de novembre !
      J’espère que cela pourra vous réchauffer le coeur en cette période particulière.

  2. Merci, j’ai passé de bons moments à lire ces histoires et à regarder les photos de ces belles demeures.
    Si possible, continuez de la sorte, c’est une belle distraction au milieu des boulversements de 2020.

    1. C’est un vrai plaisir pour nous, de découvrir ces histoires comme de les partager. Si vous rencontrez des personnes avides de partager une anecdote, n’hésitez pas à lui donner nos coordonnées ! Nous aimons amener ces histoires jusqu’à vous.

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