Le potager-fruitier du château de la Roche Guyon (Val d’Oise)

Catégories Les éco-châteaux

On devine encore, derrière ces murs, un foisonnant potager qui faisait vivre ses maraichers et qui alimentait quotidiennement toute la maisonnée. Malheureusement, depuis, il est tombé en désuétude comme beaucoup en milieu du XXème siècle, à cause d’une concurrence ardue et des frais de fonctionnement onéreux.

Comment pensez-vous faire revivre votre ancien potager clos de murs ?

En y installant une piscine ? Tentant avec ces murs protecteurs ….

Ce n’est pas tout à fait le projet que j’imaginais, je voyais plutôt un projet de remise en culture en prenant en compte les contraintes d’aujourd’hui tout en surfant sur une nouvelle dynamique inspirée de la permaculture. D’autres avant vous se sont lancés dans cette nouvelle aventure non sans difficultés mais avec une agilité et une créativité qui permettent de prendre en compte les contraintes d’aujourd’hui.

Vincent Morin, chef jardinier du potager-fruitier de la Roche Guyon
Vincent Morin

J’ai donc interviewé, Vincent MORIN : Chef Jardinier du potager-fruitier du château de la Roche Guyon sur la renaissance de ce potager-fruitier très ancien.

Organisation physique du potager

Pouvez-vous nous expliquer l’organisation des carrés potagers et leurs fonctions ?

Nos parcelles sont organisées comme cela : 4 carrés (A, B, C, D). Chaque carré possède 8 triangles de culture, ce qui fait 32 parcelles.

Chaque parcelle a son utilité :

  • Il existe des parcelles dites fixes : dominantes dans les carrés A et B. Elles sont cultivées avec des végétaux pérennes. Exemples : parcelles de groseilliers, cassissiers, parcelles des vignes, des framboisiers et mûriers, parcelles des Aromates et des médicinales.
  • Les parcelles en prairies ou ilots de biodiversité (bulbes, graminées, orchidées sauvages, légumineuses…)
  • La majorité des autres parcelles servent à la culture de légumes, sur lesquelles nous effectuons une rotation minutieuse d’une année à l’autre, et qui sont des lieux d’expérience, d’observation plus que d’hyper productivité
Quels types d’outils utilisez-vous ?

Dans la gestion de nos parcelles, nous limitons le travail de la terre, pour préserver la faune et la flore souterraines qui eux effectuent le travail du sol à notre place. De ce fait, nous utilisons uniquement des grelinettes, des griffes, râteaux et des transplantoirs.

De quels microclimats bénéficiez-vous ?

Le potager-fruitier est situé à proximité de la Seine d’une part et de la Craie de l’autre. Nos hivers sont relativement doux marqués par quelques jours de gelée mais la pluviométrie est parfois assez élevée jusqu’à fin avril. La topographie du site nous permet d’avoir une diversité de la flore assez importante, la période de mai à octobre étant très sèche.

Comment faites-vous face aux périodes de canicule plus intenses et fréquentes ?

La première chose est d’adapter les types de végétaux que nous intégrons au jardin en fonction de leur capacité à supporter de longue périodes sèches. Nos arbres fruitiers par exemple ne profitent d’aucun arrosage et produisent pourtant avec vigueur.

Cela est plus compliqué dès lors qu’il s’agit de cultures annuelles comme les légumes ou le zéro arrosage est impossible pour éviter un stress hydrique. Dans ce cas-ci, nous nous servons de l’ombrage des arbres fruitiers ou de l’ombrage des cultures entres elles, voire de nos supports de culture (tipi, tuteur…) associés au paillage de nos parcelles pour limiter l’arrosage au strict minimum.         

Par rapport à un espace maraicher classique en ligne par exemple, sur quel taux de rendements êtes-vous ?

Observer l’association de certains légumes et plantes compagnes et leur évolution, installer des variétés anciennes, collecter les graines. Nos parcelles ont plus une vocation expérimentale que productive.

Cependant, du fait du bon traitement de nos sols (engrais verts, apport de compost, paillage) associé à la physionomie du site, nous avons un rendement très généreux des légumes fruits (Tomates, courgettes…), des légumineuses (fèves, pois, haricots.  Les bulbes et tubercules (ail, oignions) ne sont pas également pas en reste. Nous remarquons une productivité aussi sur des légumes racines (carottes, radis, navets…).

Comment sont organisés les arbres fruitiers-rang de pommiers par exemple ou alternance des espèces et des variétés ?

Les arbres fruitiers qui ornent les parcelles et les Mur du potager fruitier sont au nombre de 675. Ils sont disposés par groupes de 18, en alignement autour des parcelles et conduit en forme de Gobelet. Sur nos 4 carrés de culture 3 sont majoritairement garnis par des poiriers et 1 essentiellement par des pommiers. Nous comptabilisons 11 variétés différentes de pommiers et plus de 16 variétés de poirier. D’autres variétés sont aussi insérées dans ces alignements comme les pêchers et pruniers mais aussi des espèces moins communes (grenadier, kaki, jujubier…). Sur le Mur Nord sont majoritairement présent des pêcher, associer à des figuiers, pommier et poirier, le mur EST lui est garnie par des pommiers diriger en Cordons.  

Il y a des bassins au centre de chaque carré, mais comment est géré l’eau sur le site, comment arrive-t-elle dans les bassins, comment est-elle ensuite redistribuée ?

Les bassins sont alimentés avec l’eau de la commune (au XVIIIe siècle, un réseau d’eau avait été installé depuis Chérence : l’eau d’une source y était captée puis conduite jusqu’à La Roche-Guyon, où elle était stockée dans un grand réservoir troglodyte, avant de desservir la fontaine du village et les bassins du potager), et redistribués dans nos parcelles à l’aide de tuyaux branchés sur les robinets des bassins. Mais comme évoqué plus haut, l’arrosage est limité à son strict minimum. De plus, nous arrosons à des horaires pertinents pour limiter l’évaporation des eaux d’arrosage. 

Que mettez-vous en place pour l’économiser ?

Un système de récupérateur d’eau pluviale nous permet d’arroser nos semis, boutures et végétaux sous serres.

Organisation financière

Comment est organisé financièrement le potager fruitier ? Quels sont les principaux postes de dépenses et de recettes ?

Dépenses : opération de broyage annuel, maintenance des outils, achats du matériel (notamment transition thermique à électrique), végétaux et graines florales et potagère.

Recettes : elle est essentiellement basée sur les produits transformés (jus de fruit, compotes, soupes) et vendus ensuite à la boutique du château.

Le budget du Potager-fruitier n’est pas indépendant de celui du Château dans sa globalité. Il bénéficie donc de toutes les recettes de l’établissement (billetterie et financements publics), et y contribue. Les fruits et légumes sont transformés en jus, compotes, soupes, confitures etc. qui sont vendus à la boutique du Château.

Avez-vous développé des partenariats ?

Nous souhaitions renouer avec la dimension expérimentale et sociale du Potager au XVIIIe siècle. C’est pourquoi nous avons fait appel à l’insertion. Cette dimension sociale se traduit également par des dons de fruits au Restos du Cœur par exemple.

Réflexion sur l’importance de faire revivre les anciens potagers

En quoi est-ce important de faire revivre ces anciens potagers ?

Au-delà de la dimension historique de ces lieux, la démarche de faire revivre d’anciens potagers résulte d’un ensemble de paramètres : Cultural et écologique. Il n’est plus question de seulement produire coûte que coûte mais de produire de manière cohérente favorisant la biodiversité et le respect des sols cultivés.

De plus cela permet de réintroduire des variétés anciennes, d’associer de nouveaux végétaux et d’inculquer aux diverses générations, l’importance de sites comme le nôtre pour la préservation et l’observation de la faune et la flore.

Pensez-vous qu’il est important d’en garder une configuration historique ou au contraire faudrait-il les repenser en fonction des réalités contemporaines ?

Préserver la configuration historique de ces sites, permet de valoriser et de conserver la dimension patrimoniale du passé. D’un point de vue personnel de notre potager-fruitier, cela apporte un vrai plus d’avoir gardé la configuration historique du lieu car cela interroge les visiteurs, les émerveille également. Dans le cadre de la gestion au quotidien, il faut pouvoir aussi mettre en place des manières d’entretenir et de faire vivre le jardin, utiliser des méthodes culturales cohérentes associées à des moyens humains efficaces.

Pourquoi est-ce important de les faire revivre dans une démarche écologique ?

Plus qu’un effet de mode, il est de notre devoir de contribuer à un changement de manière de faire dans nos jardins. Les nombreux débats sur les produits phytosanitaires, les engrais le traitement des sols en est la preuve. Il faut être réaliste et aller au-delà de la simple étiquette Agriculture Biologique et démontrer qu’à l’heure actuelle en utilisant des méthodes culturales favorisant l’écologie et la biodiversité, nous pouvons produire différemment, notamment en arrêtant les monocultures et favorisant les associations de différentes cultures et végétaux comme cela se fait en agroforesterie.

Quels conseils donneriez-vous à des propriétaires d’anciens potagers qui voudraient faire revivre le leur ?

La première chose est d’établir dès le début, un projet en y incluant tous les paramètres importants.

Les moyens humains doivent notamment être en adéquation avec l’ampleur du projet. De plus, il s’agira d’un potager uniquement voué à la production, à la vente ou un jardin dont le côté ornemental et botanique est mis en avant plus que la productivité.

Le choix de la diversification des cultures (annuelles, fruitières, vivaces) doit être minutieusement travaillé et le risque de se disperser peut-être contreproductif même si l’erreur est source de savoir dans notre métier.

Pour conclure, il n’y a pas de bons ou mauvais projets, dès lors qu’ils correspondent à ce que veulent en faire les instigateurs. C’est essentiel que ces projets respectent une démarche environnementale, voire pédagogique ou historique.


Les propos des personnes ci-dessous citées ont été recueillies grâce à Aurélie Gille, chargée de communication – alternance.

  • Vincent MORIN : Chef Jardinier du potager-fruitier
  • Marie-Laure ATGER : Directrice du Château
  • Romain DAVY & Maryvonne GRANDFILS : guides

Crédit photos : le château de La Roche-Guyon et @jardin_et_fleurs (Vincent Morin)

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